Le nouveau livre, « Père, qu’ils soit un … », du Groupe des Dombes est paru le 2 janvier 2026. Certains membres ont commenté de manière personnelle ce que signifiait la prière pour l’unité selon l’abbé Couturier. Anne-Cathy Graber, sœur de la communauté, s’est prêtée à l’exercice.

« Seigneur Jésus, Toi qui as prié pour que tous soient un, nous te prions pour l’unité des chrétiens » : prier pour l’unité, c’est entrer dans la prière d’un Autre qui me précède. Autrement dit, même si je ne sais pas, ou plus, prier pour l’unité (par oubli, découragement ou indifférence), un Autre veille,… et prie. Quoi qu’il arrive, avec cette prière de Jean 17, « quelque chose » est donné : Christ ne se résout pas à la division, voire à la dislocation de sa communauté.
Il s’agit donc d’une prière qui n’a rien d’une douce mélodie pour demander une unité confortable. Non… Elle fait entrer en résistance contre tous les découragements, les « à quoi bon ? » face à un Corps du Christ qui, parfois, ne donne plus à voir qu’il est un seul corps, celui du Saint de Dieu.
« […] l’unité des chrétiens, telle que tu la veux par les moyens que tu veux » : prier pour l’unité des chrétiens fait la place belle à l’imagination de Dieu ! Car l’enjeu est d’accepter d’entrer dans une autre logique, une autre manière de penser et de faire que la mienne. Cette prière me protège de l’auto-centrement puisqu’elle provoque un retournement de mes pensées, de ma logique, de mon sens de la diplomatie ecclésiale… Elle me fait alors entrer dans la liberté créatrice de Dieu !
« Que ton Esprit nous donne d’éprouver la souffrance de la séparation, de voir notre péché… » : longtemps je n’ai pas compris cette demande, n’y discernant parfois que le risque d’un masochisme chrétien. Aujourd’hui j’y vois l’antidote de l’« âme habituée » dont parle si bien Charles Péguy. En effet, avec les années, il est possible que je me sois habituée à une forme de « coexistence pacifique dans la division ». J’ai pu finir par me contenter d’une situation de statu quo… tout à fait poli bien sûr ! Cette demande « de voir notre péché » vient alors me déloger de toute autojustification : nous avons tous péché contre l’unité du Corps du Christ. Je comprends alors qu’il est bien possible que j’aie participé moi-même au « scandale », celui de la division.

« … et d’espérer au-delà de toute espérance… » : demander cette espérance qui va « au-delà » me rappelle que la demande d’être « uns » n’est pas en vue d’être plus forts ou plus « conformes » à un projet ecclésial. L’enjeu est cet « au-delà » de nous, d’un « entre-soi ecclésial » : espérer pour celles et ceux qui ne le peuvent plus ; espérer « au-delà » signifie résister contre les forces de mort et de dislocation qui menacent l’humanité et la création.
« Amen ! »